Le littoral catalan tangue dangereusement. À Saint-Cyprien, la tranquillité des pontons laisse place à une houle judiciaire particulièrement violente. Au cœur de cette tempête : Thierry Del Poso, maire de la commune depuis 2009, et Serge Pallarès, l’emblématique ancien directeur du port. L’histoire compte des zéros par centaines de milliers, un statut de droit privé totalement anachronique et des soupçons de concussion qui font désormais trembler l’hôtel de ville.
Seize ans d’amnésie municipale au bord des quais
L’affaire commence en 1997 lorsque Serge Pallarès rejoint la gestion du port communal sous un contrat de droit privé. En 2005, la structure devient une régie autonome. Selon les règles les plus élémentaires du droit public, une régie municipale impose obligatoirement un directeur au statut d’agent public. Pourtant, pendant seize longues années — dont plus de onze passées sous les mandatures successives de Thierry Del Poso —, personne ne daigne corriger cette « anomalie ». Le directeur continue de cumuler conventions privées et rémunération particulièrement dorée, sans qu’aucun élu ne sourcille.
La marée haute ne profite qu’à un seul homme. Mais en septembre 2021, le vent change brusquement de direction. Thierry Del Poso sort du silence et réclame l’addition à son ancien protégé : 1 087 739 euros d’indus à rembourser sous quinze jours, incluant une prime de départ à la retraite de plus de 77 000 euros. Le maire affirme publiquement que Serge Pallarès « ne pouvait ignorer » l’irrégularité du dispositif, tout en martelant devant son conseil municipal qu’il n’était lui-même au courant de rien. Un maire qui valide et signe, un fonctionnaire de fait qui encaisse, et personne pour voir le phare au bout de la jetée.
Le conseil d’état confirme qu’aucune fraude n’a été commise par Serge Pallarès
Le conseil d’état confirme les deux jugements du tribunal administratif de Montpellier et de la cour d’appel de Toulouse, il n’y a aucune fraude de la part de Serge Pallarès et il n’a participé à aucune des décisions. La responsabilité reste à la charge de l’employeur, le maire de la commune de Saint-Cyprien. Résultat : Serge Pallarès conserve près de 900 000 euros (893 325 euros très précisément).
Même si les magistrats dénoncent une rémunération « disproportionnée » et soulignent noir sur blanc que Thierry Del Poso disposait de tout le temps et des pouvoirs nécessaires pour assainir cette dérive. Une passivité politique qui coûte très cher aux contribuables.
Les gendarmes montent à bord
Pour la municipalité, le répit est de courte durée. L’association AC !! Anti-Corruption porte plainte à Perpignan pour détournement de fonds publics, faux en écriture et concussion. Transmise aux enquêteurs de la section de recherches de Montpellier, l’enquête pénale passe la vitesse supérieure.
Si la piste du faux est pour l’heure écartée, le constat des gendarmes est clair : les soupçons d’atteinte à la probité, de détournement de fonds publics et de concussion sont étayés et méritent des investigations approfondies. Une véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de l’écharpe tricolore de l’édile roussillonnais. À Saint-Cyprien, la météo judiciaire annonce encore de gros grains à l’horizon.










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