Ce mercredi 16 février marque un bien triste anniversaire : celui de la disparition de Jordi Barre, figure tutélaire de la chanson catalane. Quinze ans jour pour jour que «la voix de Catalogne Nord» s’est éteinte en son domicile de Ponteilla. Pourtant, si le temps passe, le vide qu’il laisse reste irrépressiblement béant. L’hommage vibrant de Jean Iglesis nous le rappelle : l’artiste n’est pas mort, il continue de vivre au cœur de son petit pays.

Le chantre et le héraut de la catalanité

Jordi Barre n’est pas qu’un chanteur ; il est la générosité et l’humanité incarnées. L’homme de foi et d’espérance donne tout sans compter. Bien plus qu’un défenseur de la langue, il en est un enrichisseur audacieux, un orfèvre de la poésie catalane. Il place sur le devant de la scène les poètes des côtés sud et nord des Pyrénées, sortant de l’ombre des figures oubliées. Des limbes du passé ressurgissent ainsi les œuvres de Joan Maragall ou Josep Carner, à la faveur de son talent.

Cayrol, Pa amb oli : un héritage colossal

Son parcours lumineux est marqué par des rencontres qui font l’histoire. Dès 1979, la chanson phare «Crec» de Joan Amade donne le «la». Mais c’est l’idylle tumultueuse avec le poète Joan Cayrol qui devient incommensurable. Ensemble, ils donnent naissance à près de 50 textes magnifiques, affranchissant le patrimoine nord-catalan d’un retard de deux siècles. Des titres comme «Toquen les hores» ou «Jo sóc de Perpinyà» continuent de résonner comme des cris de foi et de révolte. Ce tandem mythique est la force et la flamme de toute une génération.

Dans les années 80, son esprit novateur l’amène à former et diriger le groupe Pa amb oli. Le ton se fait plus incisif, plus revendicatif. Point culminant de cette vague régionaliste : 1983. Le groupe prend d’assaut le temple centraliste de l’Olympia à Paris. Les Catalans expriment et crient leur identité jusqu’à la capitale, réclamant une légitimité bafouée. Plus tard, avec le poète Joan Tocabens, de nouveaux spectacles historiques voient le jour, preuve d’une soif de création inaltérable.

Au terme de ces quinze années d’absence, le «symbole» qu’est Jordi Barre est plus que jamais ancré dans la mémoire collective. Son œuvre lyrique et passionnée, née des entrailles de l’homme et de la terre, demeure. Elle est le sang et l’or de ce petit pays qui lui est si cher. Le musicien s’en est allé, mais la voix, elle, ne faiblit pas.

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