Les chiffres sont là, bruts, implacables. Jeudi 29 janvier, le ministère de l’Intérieur publie le bilan annuel – encore provisoire – de la délinquance en France. À première vue, les courbes montent. Les violences enregistrées progressent, les escroqueries explosent, les infractions s’accumulent. Pourtant, derrière cette photographie officielle, la réalité est plus nuancée. Car hausse des chiffres ne rime pas forcément avec hausse de la violence réelle.
Le service statistique du ministère de l’Intérieur dresse un état des lieux précis à partir des faits enregistrés par la police et la gendarmerie. Et c’est là que tout commence : ces statistiques mesurent ce qui est déclaré, pas tout ce qui est vécu.
Des chiffres en hausse, mais des réalités contrastées
Oui, certaines infractions augmentent. Les violences physiques et sexuelles enregistrées progressent. Les escroqueries, notamment en ligne, continuent leur ascension portée par le numérique et la sophistication des arnaques. Les infractions liées aux stupéfiants restent élevées, portées par une activité policière soutenue.
Mais dans le même temps, d’autres indicateurs racontent une autre histoire. Les cambriolages reculent. Les vols de véhicules se stabilisent ou diminuent. Les atteintes aux biens, longtemps baromètre de l’insécurité, ne connaissent pas d’explosion généralisée.
Le paysage de la délinquance change. Il se transforme plus qu’il ne s’embrase.
Pourquoi les chiffres montent sans que la violence explose
La première explication tient à un mot clé : l’enregistrement. Les statistiques du ministère reposent exclusivement sur les plaintes et les faits constatés. Or, depuis plusieurs années, les comportements évoluent. Les victimes parlent davantage. Elles déposent plus souvent plainte, notamment pour les violences sexuelles et intrafamiliales, longtemps enfouies dans le silence.
Cette libération de la parole est une avancée sociétale majeure. Mais elle a un effet mécanique : plus de plaintes signifie plus de faits enregistrés, donc des chiffres en hausse. Ce n’est pas nécessairement la violence qui augmente, c’est sa visibilité.
Autre facteur déterminant : l’action des forces de l’ordre. Le renforcement des contrôles, les opérations ciblées, la lutte accrue contre certaines infractions – stupéfiants, refus d’obtempérer, fraudes – font émerger des délits qui, hier encore, passaient parfois sous les radars statistiques.
Une lecture politique et médiatique à manier avec prudence
Ces chiffres alimentent le débat public, parfois à coups de raccourcis. La tentation est grande de parler d’explosion de la violence. Pourtant, les statisticiens eux-mêmes appellent à la prudence. Les données sont provisoires, dépendantes des pratiques de plainte, des priorités policières et du contexte social.
La délinquance ne disparaît pas. Mais elle ne se résume pas à une simple addition de pourcentages. Elle raconte aussi une société qui déclare davantage, qui contrôle plus, et qui mesure mieux.
Entre perception et réalité
Au final, le bilan 2025 ne dit pas seulement quelque chose de la délinquance. Il parle aussi de la France d’aujourd’hui : une société plus attentive aux victimes, plus exigeante envers les institutions, mais aussi plus anxieuse face aux chiffres.
Les statistiques montent, c’est un fait. La violence, elle, n’augmente pas toujours dans les mêmes proportions. Entre réalité vécue et réalité mesurée, l’écart mérite d’être expliqué. Sans alarmisme, mais sans naïveté non plus.









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