Une révolution silencieuse s’apprête à bouleverser nos porte-monnaie. L’Euro Numérique, promu par la Banque Centrale Européenne (BCE), arrive. Officiellement, ce ne sera « ni un remplacement du cash, ni un outil de contrôle », mais une simple alternative, pratique, moderne et surtout neutre. Mais à bien y regarder, rien n’est neutre dans cette affaire, qui redessine l’architecture même du pouvoir monétaire.
Le cash, c’est la liberté : un billet ne se programme pas, ne s’éteint pas et ne vous observe pas. L’euro numérique, lui, est pensé comme un outil de stabilité systémique, conçu pour assurer les marchés et donner aux institutions un levier de contrôle supplémentaire sur les flux. C’est un virage discret mais décisif.
Ce que les institutions ne disent qu’à moitié
Bien que la BCE assure que les billets physiques resteront « pour de très très nombreuses années », l’objectif avoué est de « transférer toutes les qualités du billet de banque dans le monde numérique ». L’objectif à long terme ? La bascule. Contrairement au cash, une monnaie numérique est potentiellement traçable, plafonnable, désactivable, et même programmable. Ce n’est pas juste un billet sur smartphone. C’est un nouveau système monétaire.
Le calendrier s’accélère. Fin octobre 2025, la BCE a clos la phase « préparatoire » pour ouvrir la phase de « préparation technique ». Le scénario est désormais précis : si le cadre législatif est adopté au Parlement Européen en mai 2026, la mise en circulation pourrait intervenir dès 2029. Autrement dit, pendant que le débat politique continue, le chantier industriel est déjà lancé et le cadre technique se verrouille.
Le plafond à 3 000 euros : le détail qui change tout
Un détail crucial révèle la véritable nature de l’Euro Numérique : il est soumis à un plafond de détention, souvent évoqué autour de 3 000 euros par personne. L’objectif ? Éviter que les citoyens ne vident les banques commerciales au profit de la banque centrale. Ce simple fait le démontre : cette monnaie n’est pas pensée comme une réserve de valeur libre, mais comme un outil de paiement calibré pour préserver l’équilibre du système bancaire. Un euro avec un plafond n’est plus vraiment un euro libre.
Le paradoxe est frappant : commerçants et citoyens n’en veulent pas, les banques sont plus que réservées (le coût est estimé entre 18 et 30 milliards d’euros pour le secteur !), et pourtant, la machine avance. C’est une véritable course en avant institutionnelle, sans base démocratique solide.
Traçabilité et Monnaie Programmable : les craintes se confirment
La traçabilité est assumée : « tout ce qui est numérique est traçable », dit-on à la Banque de France. Pour rassurer, on promet un anonymat technique, mais il est conditionnel. Il ne s’agit pas d’un droit fondamental, mais d’une fonction paramétrable que le régulateur peut redéfinir selon les circonstances.
Plus troublant encore, la question de la monnaie programmable. Bien que l’usage conditionnel (comme des chèques rentrée scolaire utilisables uniquement dans certains commerces) ne soit « pas prévu aujourd’hui », la possibilité est là. L’État et les autorités monétaires construisent l’outil centralisé qui rendra le ciblage de certaines dépenses ou l’expiration de l’argent trivial à mettre en place demain. On nous rassure sur ce que l’Euro Numérique n’est pas aujourd’hui, mais on évite soigneusement d’aborder ce qu’il pourrait devenir.
Un enjeu de Souveraineté, mais pour qui ?
Derrière ces aspects techniques, l’ambition est géopolitique : s’émanciper de la domination américaine sur nos moyens de paiement (Visa et Mastercard ont traité plus de 4 120 milliards d’euros de transactions en Europe en 2023).
L’Euro Numérique est présenté comme l’outil pour reprendre le contrôle de nos rails financiers. Mais la souveraineté qu’il offre est-elle institutionnelle ou individuelle ? L’outil centralise la monnaie, l’infrastructure et la gouvernance, piloté d’en haut, sans contre-pouvoir clair. Le projet n’est pas une fatalité. D’autres alternatives souveraines existent, comme le réseau CB en France ou le projet Wero au niveau européen.
Le vote décisif arrive en mai 2026. La question fondamentale est posée : qui doit contrôler l’argent ? Les institutions ou les individus ? Aux Pyrénées-Orientales comme ailleurs, le débat doit avoir lieu avant qu’il ne soit trop tard.









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